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Ducasse d’Ath : du pain et des jeux…

Le vélotaxi à Kisangani…

    Il n’y a presque pas de voitures ici, mais le dernier gouverneur mobutiste de Kisangani avait acheté cinquante vélos pour les louer à ses concitoyens qui ont organisé un service de vélotaxis. Une culture locale est née depuis, connue dans tout le pays. Le vélotaxi a été appelé toleka ‑ laisse-nous passer ‑, le conducteur « tolekiste », quoiqu’ils préfèrent s’appeler entre eux « combattant » ‑ à cause de la vie dure qu’ils mènent.
    […]
    Après quelques jours de marche sous le soleil brûlant, le toleka me paraît de plus en plus attrayant. Des soldats en armes, des hommes portant un attaché-case ‑ je les vois passer assis à l’arrière et les envie. Mais les Blancs bien sûr ne se déplacent pas à vélo, ils ont des voitures, surtout les organisations humanitaires présentent ici en grande quantité. Une connaissance de Nassim m’a proposé une voiture avec chauffeur pour quarante dollars par jour, mais les gens à qui je vais rendre visite ont à peine de quoi se payer un toleka, et moi, je m’amènerais dans une voiture de location !
    Un jour, fatiguée, devant rejoindre l’autre côté de la ville, je prends mon courage à deux mains. Je fais signe, crie « Toleka ! », et en moins de temps qu’il n’en faut pour le dire me voici à l’arrière. Tout le monde rit en me voyant, les commentaires vont bon train. « Hé, mundele ‑ blanche, le nouveau taxi de Kisangani ! » crie quelqu’un. « Mundele madesu ! » Blanche haricot ! crie l’autre. « Une Blanche, comment tu l’as attrapée, dis ! Elle paie en dollars ? » demande un collègue tolekiste qui a fait demi-tour et roule derrière nous pour savoir où nous allons. Ce n’est certainement pas la solitude qui vous tuera, dans ces contrées.
    […]
    Grâce aux tolekistes, un monde s’ouvre à moi. Des pères de familles nombreuses, des professeurs après les heures de classe, des garçons des rues ‑ tout en pédalant, ils me racontent l’histoire de leur vie, essoufflés, transpirant abondamment à cause du soleil. J’ai parfois pitié d’eux, mais je me rappelle alors ce qu’un Malien m’a dit un jour : « Pourquoi avoir pitié de quelqu’un qui n’a même pas pitié de lui-même ? »

Lieve JORIS, Danse du Léopard, Éditions Actes Sud, Paris, 2002, pages 295 à 297.

samedi 27 décembre 2008 - Posted by | livres | , , , ,

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