& esperluette &

Ducasse d’Ath : du pain et des jeux…

Le destin s’acharne…

    Le 1er janvier 1950, nous sommes ainsi partis pour Wiesbaden, station thermale au bord du Rhin, située en zone américaine, capitale du land de Hesse. Nous y sommes restés deux ans avant de passer une troisième année à Stuttgart, là encore au consulat, où mon mari avait été nommé. Puis il réussit le concours de l’É.N.A. et nous sommes rentrés en France.
    […]
    Malheureusement, notre séjour fut endeuillé par un drame. Grâce aux bons soins dispensés par notre oncle, ma sœur Milou avait pu reprendre une vie normale et suivre des études de psychologie. Après mon mariage nous étions restées très proches et continuions à beaucoup nous voir ; pour moi, Milou représentait comme une seconde mère, l’ultime lien affectif qui me rattachait encore à ce passé que nous avions vécu toutes les trois ensemble. C’est pourquoi, même si elle m’avait encouragée à l’exil, la séparation liée à mon départ pour Wiesbaden avait été douloureuse. Nous nous écrivions chaque semaine, refusant que la distance physique nous sépare l’une de l’autre. Puis ma sœur avait épousé un ami, lui aussi psychologue, et un petit garçon, Luc, était né. À ma grande joie, ils étaient venus nous voir à Wiesbaden pendant l’été 1951. Nos maris s’étaient tout de suite bien entendus, tandis que Milou et moi renouions avec nos conversations sans fin. L’été suivant, nouveau bonheur : tous trois vinrent passer quinze jours chez nous, à Wiesbaden. Le séjour se passa merveilleusement bien. Luc, qui avait un peu plus d’un an, a fait ses premiers pas dans notre jardin. À la mi-août, tous trois repartirent dans la petite 4 C.V. que mon beau-frère venait d’acheter et dont il était tout fier. Le lendemain, alors qu’ils approchaient de Paris, ils ont eu un terrible accident de voiture. Milou est morte sur le coup. Son mari, qui conduisait, n’a rien eu. Immédiatement alertés, nous avons accouru. À l’hôpital, Luc, qui semblait ne souffrir de rien, est mort au moment où je le prenais dans mes bras. Une fracture du crâne non diagnostiquée lui avait été fatale. Ce double choc m’a anéantie. J’éprouve le sentiment d’une terrible injustice, d’un nouveau coup du destin qui s’acharnait à nous poursuivre. J’avais beau avoir un mari, deux beaux enfants, mener une vie agréable dans cette Europe en pleine reconstruction, fréquenter des amis jeunes et enthousiastes ; c’était comme si la mort ne pouvait s’empêcher de rôder autour de moi. Depuis, la douleur de la perte de Milou et l’image affreuse de son fils s’éteignant de façon brutale ne m’ont plus jamais quittée.

Simone VEIL, Une vie, Éditions Stock, Paris, 2007, pages 126 à 129.

mercredi 23 juillet 2008 - Posted by | livres | ,

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