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Ducasse d’Ath : du pain et des jeux…

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Simone et Antoine au printemps 1946

Simone et Antoine au printemps 1946

    La guerre était finie. Mes sœurs et moi étions vivantes, mais comme tant d’autres, la famille Jacob avait payé un lourd tribut à la fureur nazie. Très vite, nous avions compris que nous ne reverrions ni Papa, ni Jean. Maman n’avait pas survécu à la maladie. Milou, squelettique, rongée de furoncles, était terriblement affaiblie par le typhus. Seules Denise et moi rentrions en France à peu près indemnes. Notre foyer était détruit. Nous, nous étions jeunes. Nous avions notre vie à construire.
    […]
    Toujours aussi indépendante, Denise, de son côté, a rapidement pris le large. Elle avait retrouvé des camarades de son réseau et renoué des contacts à Annecy et Lyon. Quant à moi, je veillais sur Milou et sortait peu. […]
    […]
    […] Depuis toujours, j’avais un objectif : étudier le droit pour devenir avocat. […]
    Très vite j’ai embrayé à Sciences-Po, mais peu fréquenté la faculté de droit, pour laquelle je me contentais de travailler sur les polycopiés, comme d’ailleurs presque tout le monde à l’époque. […]
    […]
Simone et Antoine au printemps 1946    Comme les vacances de mardi gras approchaient, Michel Golbet m’a proposé de partir faire du ski avec lui et un autre ami de Sciences-Po, Antoine Veil. J’ai accepté avec d’autant plus de joie qu’il s’agissait de mes premières vacances depuis des années, et nous nous sommes rendus à Grenoble, où vivaient les parents d’Antoine. J’ai alors découvert une famille remarquable, qui par bien des côtés m’évoquait celle que j’avais perdue. Les Veil avaient le même profil social et culturel que les Jacob ; des Juifs non religieux, profondément cultivés, amoureux de la France, redevables envers elle de leur intégration. Ils étaient bien plus aisés que ma propre famille, mais ils aimaient les arts comme mes parents, surtout la musique ; et puis le dynamisme chaleureux qu’apportaient les quatre enfants, trois filles et un garçon, me rappelait l’atmosphère que j’avais connue et aimée de mon enfance et mon adolescence. J’ai tout de suite eu un coup de foudre pour eux tous. Et comme ils m’ont accueillie avec la plus grande gentillesse, nous nous sommes rapidement liés d’affection.
    Antoine suivait comme moi les cours de Sciences-Po, mais nous nous étions peu rencontrés jusque-là. Il vivait à Paris, depuis sa démobilisation, chez une de ses grands-mères. À partir du moment où nous nous sommes revus à Grenoble, les choses n’ont pas traîné, puisque nous nous sommes fiancés quelques semaines plus tard et mariés à l’automne 1946. j’avais dix-neuf ans, Antoine vingt. Notre premier fils, Jean, est né à la fin 1947. Nicolas, le deuxième, treize mois après. Pierre-François, lui, s’est fait plus attendre puisqu’il est né en 1954. tel est le grand avantage d’avoir des enfants tôt : nous sommes maintenant mariés depuis soixante ans et comptons une douzaine de petits-enfants et quelques arrière-petits-enfants.

Simone VEIL, Une vie, Éditions Stock, Paris, 2007, pages 107 et 121.

Simone et Jean en 1948Simone et Jean en 1948

mardi 22 juillet 2008 - Posted by | livres | ,

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