& esperluette &

Ducasse d’Ath : du pain et des jeux…

L’antisémitisme après la guerre

    Dès le retour des camps, nous avons ainsi entendu des propos plus déplaisants encore qu’incongrus, des jugements à l’emporte-pièce, des analyses géopolitiques aussi péremptoires que creuses. Mais il n’y a pas que de tels propos que nous aurions voulu ne jamais entendre. Nous nous serions dispensés de certains regards fuyants qui nous rendaient transparents. Et puis, combien de fois ai-je entendu des gens s’étonner : « Comment, ils sont revenus ? Ça prouve bien que ce n’était pas si terrible que ça. » Quelques années plus tard, en 1950 ou 1951, lors d’une réception dans une ambassade, un fonctionnaire français de haut niveau, je dois le dire, pointant du doigt mon avant-bras et mon numéro de déportée, m’a demandé avec le sourire si c’était mon numéro de vestiaire ! Après cela, pendant des années, j’ai privilégié les manches longues.
    […]
    En 1959, j’étais magistrat au ministère de la Justice, en poste à l’administration pénitentiaire. Mon directeur reçoit un jour un magistrat retraité qui vient lui demander de présider un comité en faveur des libérés conditionnels. Il accepte mais, n’ayant pas le temps de se déplacer, l’informe ultérieurement que le magistrat qui s’occupe de ces questions dans son service le représentera. C’était moi. Réponse de l’ancien président du tribunal de Poitiers : « Comment ? Une femme et une juive ? Mais je ne la recevrai pas ! » Autre exemple. Quelques années plus tard, alors que je suis en poste à la Direction des affaires civiles, j’ai connaissance d’une décision effarante. Un divorce est prononcé entre une femme juive, d’origine polonaise, et un Français. L’homme se voit accorder la garde de leur enfant, une fille âgée de quinze ou seize ans, en application d’un jugement qui précise : « Attendu que la femme est juive d’origine polonaise et que le père est catholique, etc. » Le jugement, avec cet attendu, portait la signature d’un magistrat connu des milieux judiciaires. Jean Foyer, alors garde des Sceaux, a été horrifié quand il a eu connaissance de ce chef-d’œuvre et a pris des sanctions.
    Voilà quelques exemples de ce que les déportés ont pu subir, dans les années qui ont suivi leur retour. Pendant longtemps, ils ont dérangé. Beaucoup de nos compatriotes voulaient à tout prix oublier ce à quoi nous ne pouvions nous arracher ; ce qui, en nous, est gravé à vie. Nous souhaitions parler, et on ne voulait pas nous écouter. C’est ce que j’ai senti dès notre retour, à Milou et à moi : personne ne s’intéressait à ce que nous avions vécu. En revanche Denise, rentrée un peu avant nous avec l’auréole de la Résistance, était invitée à faire des conférences.

Simone VEIL, Une vie, Éditions Stock, Paris, 2007, pages 92 et 93.

lundi 21 juillet 2008 - Posted by | livres | ,

Un commentaire »

  1. Excellent blog

    Commentaire par Antisemitisme | dimanche 12 octobre 2008 | Répondre


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