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Ducasse d’Ath : du pain et des jeux…

La vie à Manono…

    Au centre-ville, on trouve quelques boutiques aux noms tels que Supermarket et Flash Alimentation. Des petits commerces poussiéreux, avec quelques restes de matériel scolaire ‑ craie, lattes, cahiers, papier ‑ sur des étagères vides. Et puis il y a un bar, bien qu’il ait fermé. Que pourrait-on bien consommer là-dedans, dans une ville sans bières ni sucrés ? D’après Espérance, on y sert uniquement l’alcool local.
    « Il y a moyen de danser quelque part le week-end ?
    ‑ Bien sûr, le dimanche matin, à l’église luthérienne ! »
    Espérance est née à Manono, ses parents habitent dans la cité, mais elle a vécu pendant des années à Ankoro ; elle a deux enfants d’un abbé à Malemba Nkulu.
    « Un abbé ?
    ‑ Ben oui, tu pensais qu’un abbé ne pouvait pas avoir d’enfants ? »
    […]
    Au retour, nous passons devant le majestueux bureau de poste. Les portes sont ouvertes. « Que pourrait-il bien se passer ici ? » Espérance a déjà gravi les marches. Derrière le comptoir, siège son ami Lucien, qui nous salue avec enthousiasme. Il sourit lorsque je demande s’il y a moyen d’envoyer une lettre depuis Manono et ouvre un tiroir avec des timbres zaïrois de toutes les tailles et couleurs.
    « Et comment elle partirait d’ici ?
    ‑  Un cycliste pourrait l’amener jusqu’à Mulongo et de là le petit avion des protestants pourrait l’amener à Lubumbashi. » Une lettre pourrait très bien voyager ainsi pendant six mois, prévient-il, et pourrait naturellement ne jamais arriver du tout. « Pourquoi tu n’essaies pas ? Pour un paquet, on paie plus cher. »

Lieve JORIS, Danse du Léopard, Éditions Actes Sud, Paris, 2002, pages 518 à 519.

Vendredi 2 janvier 2009 - Posté par esperluette | livres | , , , | Pas encore de commentaires

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